Le rôle de la SPNC dans la photo de rue

Entretien avec Anne Leroy sur la photo de rue et plus particulièrement sur la SPNC et son rôle sur la scène de la Street photography.

Entretien avec Anne Leroy, une des administratrices de la SPNC (Street Photography Now Community) à propos de la photo de rue.

Comment définirais-tu la street photography ?

Le genre de la photographie de rue consiste à prendre des photos dans la rue de situations particulières qui reflètent la dynamique de la rue, son atmosphère. Elle consiste le plus souvent à prendre de parfaits inconnus en photo, qui par les gestes ou expressions faits, créent une alchimie qui donne une photo à la composition forte.

Les photographes de rue sont en outre des historiens du réel. Ils ont un rôle très important dans nos sociétés, celle de capturer en image une époque particulière, la vie de sa rue, ses tendances vestimentaires, ses habitudes, ses jeux, afin que des dizaines d’années plus tard, on puisse regarder ces photos et savoir comment ces rues étaient, comment ces gens du passé vivaient.

Le photographe de rue a un rôle crucial dans la construction de la société, car on ne se construit bien et évolue qu’en observant et apprenant du passé.

Photo de rue de (c) hipnshoot
Photograph : hipnshoot

Comment a évolué la street photography ?

La photo de rue, plus connue sous son terme anglais « street photography » est née en France dans les années 1930-40, grâce notamment à Robert Doisneau et Henri-Cartier Bresson.

Peu à peu, le mouvement s’essoufla en France, et ce fut New York qui repris le flambeau, notamment Gary Winogrand, Robert Frank et tout au long des 50 dernières années, le célèbre photographe Joel Meyerowitz, celui qui récemment fut le seul photographe autorisé à photographier Ground Zéro.

Toutefois, c’est à Londres que le mouvement est le plus fort depuis l’an 2000, grâce notamment à la création de l’association In-Public par Nick Turpin, qui rassemble de très bons photographes de rue du monde entier sélectionnés pour leur passion et la présentation d’un travail de qualité dans la longue durée.

C’est fin 2010 et tout au long de l’année 2011 que la street photography atteint le summum de sa popularité et sa maturité actuelle. En mars 2011 eu lieu le festival Format à Derby, axée principalement sur la photo de rue. En juillet 2011 eu lieu le premier « Street Photography Festival » de Londres, organisé par Brett Jefferson Scott et qui connut un très grand succès. En parallèle, durant six mois, le Museum of London organisa une exposition « 150 ans de street photography » dont les salles ne désemplirent pas.

Ces différents évènements permirent de sensibiliser de nombreux londoniens et touristes à ce genre de photographie resté jusque-là peu connu du grand public.

Photo de rue de (c) Shin Noguchi
Photograph : Shin Noguchi

Qu’est-ce que le projet SPNP et la communauté SPNC ?

En Octobre 2010, la Photographer’s Gallery de Londres lança le « Street Photography Now Project » (projet « Photographie de Rue d’Aujourd’hui ») à l’occasion de la sortie du livre « Street Photography Now ».

Le projet SPNP consistait en une instruction donnée chaque semaine, durant 52 semaines, par un photographe de rue reconnu et publié dans le livre, et pour lequel les participants devaient prendre des photos de rue sur ce thème au cours de la semaine et soumettre leur meilleur photo au groupe Flickr créé à cet effet. Ce projet suscita un tel enthousiasme que nombre des participants souhaitèrent le voir continuer dans la durée.

Avec sept autres participants parmi les plus passionnés, nous le repriment donc et fondèrent la SPNC, la Street Photography Now Community, en Octobre 2011. Nous sommes actuellement dans l’instruction 22 de la seconde année. Cette année a commencé sur les chapeaux de roue avec une instruction reçue d’un des plus grands photographes de notre époque, Don Mc Cullin.

Le format du projet est resté le même, hormis le rythme, choisi moins intense, avec une instruction publiée toutes les deux semaines au lieu de toutes les semaines. C’est un projet ouvert à tous, et qui compte plus de 250 passionnés vivant dans le monde entier et d’un bon niveau.

C’est une des communautés les plus actives de Flickr, qui discute et débat énormément, et où les membres participants en soumettant la meilleure photo qu’ils ont prises au cours des deux semaines en réponse à l’instruction s’intéressent aux photos soumises par les autres, curieux de connaître leur réponse au sujet, et les commentent.

La SPNC est un mouvement leader de la photographie de rue mondiale amateur. Elle a fait émerger et découvrir des talents, notamment Jack Simon, Jo Paul Wallace et Alison Mc Cauley.

Photo de rue de (c) Jack Simon
Photograph : Jack Simon

Où en est la France aujourd’hui en terme de photo de rue ?

On ne compte hélas que peu de français parmi les membres de la SPNC, bien que ceux qui y participent sont talentueux et passionnés, notamment Valérie Loiret et Mathieu Jaïs. Il est à déplorer cependant que Paris, où ce genre de photographie pris naissance, soit tant à la traîne par rapport à Londres et New York.

Les photographes de rue y sont rares, et peu visibles. On ne voit presque jamais d’articles au sujet de la street photography dans la dizaine de magazines photos qui existent en France, et rares sont les expositions françaises, hormis celles des photographies de l’ancien temps.

Photo de rue de (c) Mathieu Jais
Photograph : Mathieu Jais

Est-il difficile de se mettre à la street photography ?

Non justement. Il est regrettable que le genre de la street photography soit si peu connu et si peu populaire, car il reste pourtant le plus accessible de tous.

Pas besoin de cours de technique comme pour la photographie de mode, de sport, ou de mariage pour s’y mettre, il s’agit simplement de sortir dans la rue avec son appareil, et de s’intéresser à sa dynamique, à ses gens, d’avoir de l’empathie pour eux, de partager leurs soucis, leurs rires, leurs émotions.

Je ne connais pas un photographe qui se soit mis à la photographie de rue et n’aie pas mordu, car si au départ on est timide, peu à peu, on apprend à ouvrir les yeux et à oser prendre des photos. C’est un vrai luxe aujourd’hui de pouvoir flâner dans une rue sans autre but que de ressentir son atmosphère et la capturer en images.

Photo de rue de (c) Shin Noguchi
Photograph : Shin Noguchi

Que perds la France à ne pas photographier ses rues ?

Ce que nous perdons aujourd’hui, c’est toute une histoire en image de la vie de nos rues, une histoire visuelle qui ne peut s’écrire que par le regard de milliers de photographes la suivant au jour le jour, mais aussi s’organisant, faisant des expos, montrant cette vie de la rue au regard des passants.

Il faudrait que plus de gens descendent dans la rue avec leur appareil, pour y flâner, y observer la vie, et saisir ses instants magiques qui deviennent visibles le jour où ou ouvre les yeux, et qu’ils n’hésitent pas à venir participer et échanger avec la Street Photography Now Community, mais aussi que les magazines et musées s’y intéressent de plus près, et prennent enfin conscience de son importance, une importance aujourd’hui reconnue par Londres et New York.

Photo de rue de (c) cam.martin
Photograph : cam.martin

 

Merci à Anne Leroy pour cet entretien.

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